marche n°619 - mercredi 6 mars 2019 - APREMONT la FORÊT - Sites de guerre



Nous nous sommes dérouillés le cerveau comme cela :

 

Après un rendez-vous au niveau du parking de la "Croix des Redoutes", petites explications sur le "Saillant de Saint Mihiel". Qui fut une "hernie" allemande dans la ligne du front Est, lequel courait entre Verdun, Pont à Mousson, Lunéville ...

 

Les troupes allemandes occupèrent Saint-Mihiel dès le 24 septembre 1914 et échouèrent à traverser la Meuse. Le Camp des Romains fut pris le lendemain. De durs combats eurent ensuite lieu jusqu’en mai 1915. La ligne de front se stabilisa ensuite jusqu’en septembre 1918.

 

Les troupes américaines conduites par le général Pershing, appuyées par des troupes françaises, réduisent le saillant entre le 12 et le 13 septembre 1918. 250 000 hommes dont 216 000 américains participèrent à l’opération côté alliés. Le monument de Montsec fut érigé pour rendre hommage à ces soldats américains (il est d’ailleurs un petit bout de territoire américain !!)

 

Notre périple de l’après-midi comprend trois des quatre sites emblématiques du territoire : la "Croix des Redoutes", les tranchées De Roffignac et des Bavarois en forêt domaniale d’Apremont (le tout composant le lieu-dit "Bois Brûlé") ainsi que la "Tranchée de la Soif" en forêt communale d’Ailly sur Meuse (commune de Han sur Meuse). Ceux qui le veulent auront pu visiter le site de l’hôpital allemand en forêt domaniale de Gobessart de l’autre côté de la route départementale.

 

La marche débute et nous arrivons très vite sur la zone de la "Croix des Redoutes". A droite les tranchées allemandes bétonnées, à gauche, à moins de 30 mètres la première ligne française avec une tranchée "recréée" (les tranchées françaises, n’étant pas bétonnées, ont été quasiment comblées par l’érosion naturelle).

 

Début avril 1915, les troupes françaises tentent de reprendre aux Allemands le Saillant de Saint-Mihiel. Dans le secteur du "Bois Brûlé", le 95e régiment d'infanterie, chargé d'une manœuvre de diversion, réussit à s'emparer d'une tranchée. Pendant qu'on la réaménage, les troupes d'assaut se retirent dans un boyau voisin pour prendre du repos. Parmi elles figure la compagnie de l'adjudant Jacques Péricard(1). Le matin du 8 avril, survient une violente contre-attaque allemande. Pratiquement encerclée, la compagnie est galvanisée par les mots de l’adjudant : "Debout les morts ! " (2).

Nous continuons sur un sentier, puis un chemin blanc qui nous conduit, en fond de vallon sur une décharge sauvage qui nous permet aussi d’admirer la nivéole (Leucojum vernum), espèce protégée au niveau régional, à ne pas confondre avec le perce-neige (Galanthus nivalis) qui n’est même pas sa cousine. Plus loin nous notons la présence d’un premier pied de Scille à deux feuilles (Scilla bifolia).

 

Nous passons près de la source de la Dunessière et nous grimpons jusqu’à un beau pied de Bois-joli ou Jolibois (Daphne mezereum) en fleurs (attention plante toxique !!).

 

Puis nous arrivons au "Bois d’Ailly", lieu de l’épisode dit de la "Tranchée de la soif". L'état-major ayant ordonné une attaque dans le secteur du bois d'Ailly, la préparation d'artillerie débuta le 19 mai 1915. L'attaque fut déclenchée à 2h du matin, le lendemain. Le 2e bataillon du 172e RI (environ 1000 hommes), sous le commandement du commandant d'André, bouscula les quatre premières tranchées allemandes. Malgré des pertes sévères, le commandant d'André avec les hommes de la 7e compagnie (environ 250 hommes) atteignirent, à la corne nord du bois, une 5e tranchée. Ils s'y établirent sous le cri "j'y suis, j'y reste" du commandant. Celui-ci envoya plusieurs agents de liaison vers l'arrière pour informer l'état-major de la progression effectué. Entre temps, l'artillerie allemande déclencha un tir de barrage qui s'abattit entre la position du commandant d'André et le reste des forces françaises. Aucun des agents de liaison ne parvint à rejoindre l'arrière, ce qui fit que la position avancée des hommes du commandant d'André resta ignorée. La 7e compagnie et le commandant d'André, isolés dans la 4e et la 5e tranchées qu'ils avaient conquises, subirent la contre-attaque des troupes allemandes qu'ils repoussèrent. Le 21 mai 1915, les Allemands offrirent au commandant de se rendre, mais celui-ci refusa. Un nouvel assaut allemand fut repoussé, mais contraignit les Français à se replier sur la 4e tranchée. À court de grenade, ce fut à coup de fusil que les Français repoussèrent l'assaut allemand du 22 mai 1915. Mais sans vivres depuis le 19 mai et sans eau depuis le matin du 20 mai, accablé par une chaleur suffocante et la poussière soulevée par les obus, la fin fut inéluctable. Le 22 mai 1915 à 16h, les Allemands envahirent la tranchée et firent prisonniers les 64 survivants. Le commandant quitta la tranchée en dernier en criant en direction des lignes françaises "N'oubliez pas la tranchée de la soif". Faute d’eau les malheureux avaient dû boire leur urine.

 

Nous repartons sur une large tranchée droite, tournons à droite à son extrémité, rencontrons divers vestiges d’ouvrages et descendons dans le ravin des Sabotiers.

 

Nous rejoignons enfin le site des tranchées De Roffignac(3) et des Bavarois au sein du lieu dit le Bois Brûlé. En 1875, il y fut construit une redoute composée de deux bastions(4). Cette dernière permettait le contrôle de la route reliant St-Mihiel à la vallée de la Woëvre. Or, par cette route devait transiter le ravitaillement allemand pour St-Mihiel. Les Allemands devaient donc se rendre maître de la redoute. Le 25 novembre 1914, ils lancèrent une attaque généralisée. Ce ne fut que le 31 décembre 1914 que la 5e division bavaroise maîtrisa la totalité de la redoute. Il aura fallu aux Allemands trois mois de combat pour conquérir 300 m de terrain. Les combats ont fait 1.565 morts, 7.657 blessés et 845 disparus côté français et environ 10.000 tués et blessés côté Allemands.

 

Nous rejoignons ensuite doucement le parking.     Dominique

 

ndlr :

(1) écrivain, on lui doit : "Face à Face" debout les mors 1916) - "Ceux de Verdun" (1917) - En 1921, il propose de ranimer la flamme du soldat inconnu tout les jours. En 1940, il devint vice-président de la Légion française des combattants, d'où la tentation du fascisme. il est mort en 1944, le maréchal Pétain a assisté à son enterrement.

(2) cette expression était utilisée pour réveiller les soldats à la caserne

(3) Anne, Marie, Casimir, Elie, De Roffignac, Commandant de compagnie au 85è RI, tué en forêt d'Aprement le 5 décembre 1914 (cf. photo ci-après)

(4) les 2 bastions, construits en terre & en bois étaient reliés par une courtine. 

 


Photo et légendes de Dominique



l'absent du jour .... le fantôme hantant un blockhaus allemand ...


situation du "Saillant de Saint-Mihiel"


Anne, Marie, Casimir, Elie, De Roffignac (par jpy)


"Bois Brûlé" plan des Redoutes

clic sur la photo pour un accès au site : Verdun-meuse.fr


plan de la Redoute et situation par rapport à la route St-Mihiel - Apremont


photo aérienne avant les combats, l'on distingue bien les banquettes de tir au fusil


le saviez-vous ? Les écoutes téléphoniques sont découvertes au "Bois Brulé" ... par jpy

Dans son livre paru en 1959, Pierre Andrieu nous apporte le témoignage du capitaine Henri Morin sur les services d'écoute et les postes mis en place au sud de Verdun. Ce procédé a été découvert en décembre 1914 dans la forêt d'Apremont pendant les combats pour la redoute du Bois-Brûlé ; en effet des téléphonistes français ont la surprise de capter des bribes de conversations en allemand.

L'étude du phénomène conduit les autorités militaires à prendre deux mesures :

1- Sécuriser les conversations téléphoniques en utilisant un double fil isolé entre les téléphones, au lieu d'un seul fil et d'une prise de terre.

2- Organiser un service d'écoute permanent avec des téléphonistes comprenant la langue allemande.

 

 

 

 

Le 2 mars 1915, le lieutenant Delavie est nommé officier téléphoniste du 210è d’Infanterie sur le front d’Apremont près de Saint-Mihiel. Au cours de son travail, des téléphonistes lui signalent la présence de communications parasites et même l’audition de mots étrangers sur les appareils des tranchées. Le lieutenant a alors l’idée d’en tirer parti pour surprendre les communications allemandes.

Bien que l’on n’ait pas compris immédiatement l’origine du phénomène (les longs fils du téléphone rayonnent comme des antennes émettrices), Delavie met au point des lignes de captage déployées le plus près possible de l’ennemi pour recueillir les signaux qui sont ensuite acheminés à un poste dans le bois Brûlé pour être écoutés.

Ce système donne rapidement des résultats surprenants : 

Le soir du 13 mai nous avons surpris qu’un régiment et un bataillon allaient attaquer ; nous avons surpris le point de rassemblement ; l’artillerie avertie les a pris sous son feu ; nos régiments qui allaient au repos ont été ramenées en seconde ligne et lorsque l’attaque s’est produite, ils ont été accueillis comme il faut.

Devant un tel succès le système devient réglementaire avant la fin du mois à la 1re Armée. Des postes analogues à celui du bois Brûlé, dits postes spéciaux, sont installés secrètement à Seicheprey, Flirey, Limey (déplacé par la suite à Remenauville), Regniéville et au bois le Prêtre ; leurs antennes sont déployées le plus près possible des tranchées allemandes y compris dans les rameaux de mines. La majorité du personnel qui les met en œuvre est constituée de traducteurs en liaison étroite avec un officier de première ligne qui assure l’exploitation immédiate des informations recueillies.

Ces informations sont de nature très diverse : annonces d’explosions de mines ou de tirs d’artillerie, heures des relèves, identification des unités tenant les tranchées, etc. Une conséquence inattendue de l’écoute est la popularisation du nom et des coordonnées des ouvrages allemands : il suffit de bombarder un point précis puis d’attendre le compte-rendu téléphonique de l’ennemi pour les connaître. L’écoute donne aussi un moyen de vérification des déclarations des prisonniers grâce aux nombreux détails qu’elle fournit sur la vie quotidienne dans les tranchées ennemies.


quelques images provenant de @

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Commentaires: 1
  • #1

    Dom (vendredi, 08 mars 2019 08:32)

    Merci Jpy pour tous ces compléments.
    Sinon, quelques photos peuvent faire croire à d'énormes pentes. J'avais prévu au départ de contourner ladite colline contre un allongement de 200 à 300 m et tous les participants sans exception, mis comme l'âne de Buridan en mesure de devoir prendre une décision lourde de conséquences (sic), ont choisi de grimper la colline (donc ils ne sont pas morts comme l'âne!!) .... ce qui a élevé le dénivelé, sinon le débat, de près de 50 mètres.
    NB : j'aurais prévu dès le départ de passer par le dit raccourci, j'imagine les réclamations!!